24/02/2008

Histoire de famille ?

Depuis que je n'écris/n'écrivais plus ici je me disais parfois que je devrais reprendre l'ouvrage.
Certains me le demandaient ou du moins s'enquéraient parfois de ce que Le Migou écrirait à nouveau ou non.
Les mois ont passé, les années même, j'ai fait d'autres choses qui ont pris le pas, contribuer à la création et au développement d'une entreprise, m'engager en politique, plus encore qu'auparavant, et surtout « l'envie de » ne me saisissait plus.
Mais aujourd'hui j'ai vu quelque chose qui m'a à nouveau donné envie de partager mon enthousiasme.
Il s'agit d'un film.
There will be blood
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Ce film est si grand, si dur, si beau et si extraordinairement profond que l'on en reste tout simplement abasourdi.
Il ya quelques explications raisonnables, bien sûr.

La première de toutes c'est qu'il s'agit à l'origine d'un roman du formidable Upton Sinclair, grand auteur américain, un peu oublié aujourd'hui mais qui fût l'une des grandes figures de la littérature avant la deuxième guerre mondiale.
Upton Sinclair fait partie de la famille des auteurs tels que Jack London qui mirent leur science de littérateurs au service de leurs convictions politiques, en l'occurrence socialistes.

La deuxième raison est l'adaptation elle-même, au sens du scénario. Elle est l'oeuvre de Paul T. Anderson. C'est au couteau finement aiguisé, couteau qu'on a d'ailleurs le sentiment d'avoir sous la gorge pendant tout le film.

La troisième est la cinématographie, c'est à dire la mise en image animées; tout ce qui comprend le choix des décors, naturels ou non, le rythme donné par le montage, la photographie.

La quatrième est la qualité du jeu des acteurs au nombre desquels Daniel Day Lewis est époustouflant mais entouré de quelques personnalité telles que Dillon Freasier qui joue le fils jeune, impeccablement dirigé par Paul T. Anderson, ou encore Paul Dano.

La cinquième est l'épique américain tel que John Ford ou Tarkovsky (je sais qu'il est russe mais ça ne fait rien: c'est la même chose) l'ont illustré; l'espace, les espaces et la conquête de ces espaces par l'homme, en même temps que la futilité tragique de cette conquête.

La sixième est l'actualité de ce film ou plutôt son effrayante relation à "aujourd'hui les USA": Is there a sinner here looking for salvation ?
Avec la question posée en bloc à tous les américains aujourd'hui: "Do you accept Jesus Christ as your saviour?"

Enfin, pour cimenter le tout et l'amener sur les cimes des chefs d'oeuvre du cinéma mondial (et je pèse mes mots) on a bien sûr la surprise due à la construction narrative et cinématographique de ce film, il n'est pas une épique, pas une épopée mais simplement une histoire de famille, celle qu'un homme ne parvient pas à se construire.
Une histoire de famille. "I have abandonned my child"

7 raisons ? Comme par hasard...

Depuis mon enfance, et sans doute parce que je suis moi-même peu au clair avec ce que sont la réalité et le sentiment familial et filial, je suis fasciné et profondément troublé par les oeuvres qui abordent ces thèmes, qui les exposent et les illustrent.
Oliver Twist, Les Grandes Espérances (Dickens et David Lean, que je lie pour l'éternité), John Ford, Coppola ( Le Parrain, à l'évidence) mais aussi et d'abord Murnau (Aurore) ou Lang et aussi plus tard Hitchcock (Marnie) ou Huston ( dont la diction me semble avoir inspiré ici Daniel Day Lewis) et Polanski (celui de Chinatown surtout).

Mais ce film est aussi celui de la COLÈRE en tant que mode d'expression de la souffrance et de l'incapacité à communiquer (je me retourne contre moi-même), mais aussi de la colère "mythique" ( en particulier aux USA des prédicateurs « the Wrath of God »), et pas comme mode d'expression collective de la révolte, premier pas de la prise de conscience, premier pas de la pensée politique qui peut conduire au socialisme qu'appelait de ses voeux Upton Sinclair.

Ce qui m'amène à un deuxième point de reprise (on dirait de la couture)
Mon ami Henri Verdier m'a recommandé la lecture d'un livre intitulé "Colère et temps" d'un dénommé Peter Sloterdijk.
Il en a écrit une recension sur Nonfiction.fr
636412177.jpgJe recommande moi aussi la lecture de cet ouvrage passionnant mais j'en viens au fait qui motive mon retour, ce qui a amené Henri à me recommander cette lecture c'est qu'il y a trouvé, m'a t'il dit, mon portrait.
Que je livre ici.
" Dans une lettre adressée à Karl Marx le 13 février 1851, Friedrich Engels a formulé une partie des règles de prudence politique, qui permettent au révolutionnaire de survivre au coeur du "tourbillon" historique. Il faut entre autres veiller jalousement à sa propre supériorité intellectuelle et à son indépendance matérielle « en étant objectivement plus révolutionnaire que les autres ». Il convient par conséquent d'éviter toute position officielle dans l'Etat, et si possible aussi toute fonction au sein du Parti. Quand on est objectivement révolutionnaire, on n'a pas besoin d'une confirmation formelle de l'administration – ni des acclamations « d'une bande d'ânes qui ne jurent que par nous parce qu'ils nous prennent pour leurs semblables ». Donc « pas de siège au comité trucmuche, pas de responsabilités pour les ânes, une critique impitoyable de tous, et là-dessus cette gaieté que toutes les conspirations de têtes de mouton n'arriveront tout de même pas à nous prendre »".
Et voilà donc que je trouve une explication intellectuelle à mon attitude de toujours.
Ouf !!
Je m'en vais l'imprimer et en conserver le texte sur moi en permanence pour m'en servir dès que de besoin.

Commentaires

Upton Sinclair,....qui fut... sans circonflexe, à réserver pour d'autres temps !

Ecrit par : alain rey | 25/02/2008

un espace avant : à moins d'admettre que les règles typographiques anglo-sax ont envahi nos pauvres esprits !

Ecrit par : alain rey | 25/02/2008

les Américains, avec un A, si ce n'est pas trop demander !

Ecrit par : alain rey | 25/02/2008

Pourrions-nous disposer de la version originale de cette fameuse lettre ?

Ecrit par : alain rey | 25/02/2008

Le Migou a beau être révolutionnaire, il n'est pas dispensé de ponctuation. Nous n'allons pas faire la liste des défauts de virgule, il y en manque trop. Please !

Ecrit par : alain rey | 25/02/2008

réponse à Alain Rey:
Cher Alain,
je ne possède pas l'original de cette lettre
Vous la trouverez dans l'ouvrage cité, page 160, avec les références bibliographiques complètes.

Ecrit par : Le Migou | 26/02/2008

« Les remarques des fautes d'un ouvrage se feront avec modestie et civilité, et la correction en sera soufferte de la mesme sorte » (Statuts & Reglemens de l'Academie françoise du 22 février 1635, art. XXXIV).

Ecrit par : Le Migou | 26/02/2008

Un bon livre, c'est très grave et parfois difficiles à lire!

Ecrit par : blood detox drinks | 03/12/2008

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