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27/08/2005
Just Rodin
De tout temps le Musée Rodin a été l'un des haut lieux parisiens de la drague.
Des cohortes d'étudiant/e/s d'horizons divers, plus ou moins en groupe, s'y pressent pour y cueillir les fruits autorisés de la culture. Plus précisément, s'agissant de sculpture, il flotte au Musée Rodin un parfum de fruit défendu qu'illustrent à merveille les regards parfois rapides et un tantinet génés de quelque mère de jeune enfant ou de jeune fille frémissante et pensive, à peine versée dans le noble Art des Jeux de l'Amour.
Miracle des Beaux-Arts!
La visite que nous venons d'y rendre m'a confirmé dans mon opinion du Musée Rodin, magnifique et toujours aussi bien fréquenté.
Une inquiétude cependant : les travaux de réfection de la chapelle présagent d'une possible "rénovation" de l'Hotel de Biron. J'espère bien que non mais je crains le pire.
Ne boudons pas notre plaisir, tel qu'il est ce Musée est splendide et agréable à la fois et ses jardins demeurent un des plus beaux endroits de Paris.
Quant à Rodin... Eblouissement à chaque instant.
Il se tient en ce moment une exposition de quelques aquarelles du grand Auguste, je vous recommande de vous y ruer. Certaines sont absolument extraordinaires.
De même avais-je complètement oublié les quelques toiles de Van Gogh, Munch ou Renoir qui ornent quelques uns des murs de l'Hotel. Claque sur claque!
Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques humbles témoignages photographiques de mon cru. 
Entre autres un détail du projet de monument à Victor Hugo qui me fait rire car on dirait que le grand homme se cure le conduit auditif avec énergie.
Puis ce magnifique composite

[papier journal, plâtre, terre]...

... et ces mains de marbre
Ce qui continue de m'impressioner à chaque fois comme à la première fois c'est le groupe des bourgeois de Calais.
Je suis toujours aussi stupéfié de voir que Rodin est parvenu à donner à chacun une personnalité propre.
Mon préféré c'est Jean d'Aire, encore plus peut-être dans la réduction que l'on trouve à l'intérieur du Musée, tant on y sent qu'il n'est pas résigné. Je le trouve rageur et volontaire.
Le groupe est saisissant. En voici quelques détails en vrac. Sur ce, je vous souhaite de vous y rendre très vite.
16:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25/08/2005
E Ring
Le 21 septembre prochain, ce sera la première diffusion de E-Ring sur NBC.
Cette nouvelle série est basée sur la vie et l'expérience de Ken Robinson, un vrai de vrai qui fut l'assistant de Dick Cheney lorsque celui-ci était Secretary of Defense de G Bush Senior puis membre de l'Etat Major de Colin Powell.
E-Ring. Ce nom ne vous dit rien, pas grave j’explique. Il s’agit de la partie du Pentagone où ça se passe vraiment.
The security of the nation depends on the men and the women that serve in the five rings of the Pentagone Before any military action can be taken approval must come from the outer and most important ring : the E - Ring
Je viens de voir le vertigineux pilote de E-Ring, 43 minutes de suspense, d'action, de portraits psychologiques fins, de rebondissements.
Nous sommes à Shanghai. Un agent, une femme, a activé sa demande d'exfiltration. Celle-ci doit avoir lieu sur une plage située dans les environs de Shanghai. Pour qu'elle ait lieu il faut qu'un sous marin américain avec à son bord un commando SEAL se déroute vers la Chine. Pour cela il faut qu'un paquet de militaires, conseillers politiques, spooks et membres du staff du Joint Chief of Staff donnent leur accord.
Écrit par David Mc Kenna et Ken Robinson, ce pilote a été réalisé par Taylor Hackford [réalisateur et producteur de Ray] et produit par Jerry Bruckheimer, avec comme producteurs exécutifs: Jonathan Littman, David Mc Kenna et Taylor Hackford qui se joignent à l'ami Jerry.
Venons en maintenant aux acteurs.
A tout seigneur, tout honneur, roulements de tambour :
Dennis Hopper [yes sir!] campe ici le Colonel Eli Mc Nulty, Chief of S.O.D. (Special Operations Division aka Special Ops, évidemment), fan des Eagles qu'il écoute à fond dans son bureau.
Le boulot du Colonel Dennis "Mc Nulty" Hopper est en gros celui qu'a eu Ken Robinson à un moment de son étonnante carrière, il briefe le Chairman of the Joint Chief of Staff, le Secretary of Defense et quelques membres clef du Congrès.
Une réplique du bon Colonel vous donnera un aperçu de ce dans quoi nous nous trouvons:
"It's not 'Could' we ?, we're America we can do anything we want, it is 'Should' we?"
Et puis nous avons le nouvel arrivant dans le service du Colonel, son adjoint : Major Jim 'JT' Tisnewski, interprété par Benjamin Bratt
La biographie du personnage que joue Benjamin est fournie sur le site de la série, un site pas encore complet mais déjà remarquable que vous trouverez ici
JT est marié à une ex agent de la C.I.A. et père d'un adorable bébé de 3 ou 4 mois environ quand la série démarre. JT a eu une vie avant cela, une vie pas très drôle, nous en saurons plus dans de futurs épisodes.
Si tout se passe bien, E-Ring devrait être le propulseur de Benjamin Bratt qui le placera sur orbite; c'est tout le mal que je lui souhaite.
Pour nous autres fans de films hollywoodiens de SF, une bonne surprise : le rôle de Steven Algazi, tenu par Joe Morton aka Dr.Miles Bennett Dyson dans Terminator 2. Vous vous souvenez? Celui qui meurt en tremblant après avoir contribué, croit-il, à détruire le chip que T2 cherche partout. Bref Joe Morton est ici le, on s'accroche, 'Assistant Secretary of Defense, Special Operations and Low Intensity Conflict'. Un des boulots réels qu'a eu Kevin Robinson [celui qui a initié et écrit la série, vous y êtes?)
J'ai évoqué le site internet de la série. Vous y trouverez deux choses vraiment intéressantes : une interview de Kevin Robinson et, je l'ai déjà dit mais ça vaut le coup de le redire, la biographie de JT, notre héros.
Tout ça nous démontre, s'il en était besoin, que nos amis américains bossent.
On est ici dans ce qu'un Tom Clancy peut être : efficace, renseigné.
Ca l'fait!
Ce pilote, je ne sais pas s'il sera le premier épisode de la série le 21 septembre mais je vous tiendrai au courant, est une nouvelle démonstration de ce que la télévision truste l'innovation et l'inventivité créative qui semblaient réservées au cinéma.
En regardant E-Ring, comme en regardant The Closer ou Into The West dont j'ai déjà parlé, on se demande ce que la télévision peut désormais envier au cinéma. La réponse est simple : rien.
Si vous considérez les seules séries présentées dans les 12 derniers mois aux U.S.A. Lost, Revelations, The Inside etc. ou au Royaume Uni, After Life (je vous en parlerai bientôt), sans parler des Battlestar Galactica, 24H, The West Wing qui ont été de véritables révolutions, vous mesurez le chemin qui nous sépare de ces deux nations audiovisuelles. Je ne sais d'ailleurs pas si le terme chemin est approprié car il peut laisser croire qu'il existe un chemin que nous pourrions emprunter nous aussi, ce dont je doute face à la pauvreté de notre PAF.
PAF, PAC, nous v'là bien!
Pendant ce temps là, en France en effet, on continue de parler de petit écran et de présenter comme tout à fait exceptionnel de sa part le fait qu'un acteur connu tourne pour la télévision.
Sans doute le fait que la télé finance le cinéma n'est pas étranger à cela. On installe des pompes à fric de la télé vers le cinéma alors qu'on ferait mieux de doter la télé pour qu'elle nous offre enfin des séries, des shows, des émissions, originales.
15:40 Publié dans Télévision | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23/08/2005
Tant d'années sans eux !?!
Celles et ceux d'entre vous qui me connaissent savent que j'affectionne Jean Nohain et Mireille, peut-être plus encore que Charles Trenet, et qu'ils m'ont tous deux porté à aimer Jean Sablon, Jacques Pills, Georges Tabet.
Vous savez aussi ma passion pour Nat King Cole, Frankie l'Arsène ou Farid El Atrache.
Et bien figurez vous que j'ai découvert cet été, dans une station service de notre beau et vrai paradis, en y grignotant un pan tomate de concours, un groupe que j'ignorais, un trio vocal fabuleux: Los Panchos.
Je sais qu'à priori cela ressemble à un gag; on dirait un nom de clowns. Il n'en est rien et je tremble encore à la pensée que j'aurais pu mourir sans jamais avoir entendu les magnifiques chansons des Panchos qui ont rythmé notre été.
Los Panchos ont été l'un des plus gros succès de la musique sud-américaine de 1944 à 1981; leur âge d'Or s'égrenne de 1944 à 1951 et de 1956 à 1958, je vous laisse découvrir pourquoi.
Muni d'une seule et unique cassette audio de cette phalange, j'ai remercié mille fois en pensées le loueur de véhicules automobiles qui nous a gratifié d'une voiture sans lecteur de CDs mais avec un robuste cassettophone.
Sur cet exceptionnel engin, voici la playlist idéale qui nous a ensorcelé:
Una copa mas, un monument qui est aux Panchos ce que One For The Road fut à Frankie l'Arsène, Caminemos, Me Voy Pa'lPueblo, discret et involontaire hommage au gigantesque Guillermo Portabales, Sin Ti, Maldito Corazon, La Hiedra, Sin un Amor et No Me Quieras Tanto, véritable chef d'oeuvre à inscrire d'urgence au patrimoine mondial et à envoyer en signe de paix et gage de bonne foi à tous les aliens de l'Univers, dont j'extrais ces quelques envoûtantes paroles
yo se que te mueres
cual palido cirio
y se que me quieres
que soy tu delirio
y que en esta vida
he sido tu cruz
Mais Los Panchos ne se cantonnent pas à de superbes harmonies vocales.
Ni à jouer les choristes de luxe de Nat King Cole soi-même sur Ansiedad, non.
Si vous voulez entendre de véritables compositions et arrangements guitaristiques, Los Panchos vous raviront.
Cela tient aux qualités musicales d' Alfredo Gil, l'âme véritable du Trio, qui était un vrai sorcier du Requinto, comme Guillermo Portabales fut un magicien du Tres.
Par moments, en écoutant Los Panchos, on est dans la situation de celui qui écoute Camaron et Paco: on ne sait plus qui admirer, on voudrait pouvoir distinguer chacun, on entre en transes de ne pouvoir le faire et on ne peut cependant s'y résoudre tant les séparer serait un crime.
Vous l'avez compris, je tiens Alfredo Gil en grande estime.
Pour celle ou celui qui souhaite être englouti au plus vite par la suavité de Los Panchos il y a évidemment quelques pièges.
Le premier, comme souvent lorsque l'on s'intéresse à des groupes qui furent très populaires il y a cinquante ans, c'est le mauvais goût des producteurs et maisons de disques du temps qui s'ingénient à saccager autant qu'ils le peuvent les diamants bruts leur préférant toujours la pacotille et la bimbeloterie.
Les oeuvres de notre Trio sont donc difficilement accessibles [encore un prodige de The Industry]. Les quelques compilations qui nous sont proposées nous permettent cependant de jouer au chercheur d'or du Klondike hurlant et sautant de joie dans la rivière lors qu'il y découvre quelque pépite de poids.
Le deuxième c'est de résumer Los Panchos au qualificatif qui souvent les accompagne: The Mexican Kings of Bolero.
Rares en effet sont aujourd'hui celles et ceux qui savent ce qu'est un bolero: quelques fans de danse de salon, quelques amoureux transis de L'Acrobate [chef d'oeuvre de Jean-Daniel Pollet, inscrit à jamais au Panthéon de mes films favoris], quelques couples de patineurs peut-être... Bref des espèces bizarres, qui semblent nous menacer en permanence de se recouvrir de pulls angora bleu électrique rehaussé de strass, façon Anne Sinclair de bazar, et qui, comme telles, nous inquiètent voire nous insupportent et motivent ainsi notre quasi mépris à leur égard et notre aveuglement subséquent. Et pourtant.
Le Boléro, comme la rumba, est une forme délicate et très sophistiquée du frôlement amoureux dansé, codifié par des générations de machos éconduits. Il s'agit donc autant d'un genre musical et de danse que d'un témoignage du temps. Pour paraphraser François Truffaut, AKA Docteur Lacombe,
"It is a sociological event".
Chucho Navarro, Alfredo Gil y Hernando Aviles Negron sont désormais, j'y compte, vos amis.
Ils rejoignent ainsi, je l'espère, Ernesto Lecuona et Guillermo Portabales dans vos coeurs.
Pour vous y encourager, un cadeau.
Vous savez que les Amériques sont un continent et leur musique, une galaxie.
Je vous recommande de la parcourir tel le Hitch Hiker parfait, muni d'un guide rare et précieux, non pas le H2G2 mais ceci, qui demande effort et méticulosité mais pour de nombreuses gratifications: Cristobal Diaz Ayala.
Je n'en dis pas plus mais je sais que l' on dira que je ne suis pas généreux.
Un comble!
Muzikafon !!
18:30 Publié dans Andalucia, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22/08/2005
S'enivrer de désert
Depuis quelques années nous fréquentons les extraordinaires paysages de C.
Nous y louons la minuscule et sympathique maison de Chus.
Chus est réalisatrice de films. Elle est originaire de C.
Au pied d'un volcan éteint depuis des millénaires, nous nous installons pour contempler les terres brûlées par le soleil, des terres sur lesquelles ne poussent que figuiers de barbarie, aloès et palmiers nains.
Deux gouttes d'eau et c'est cependant le miracle: une végétation luxuriante et fragile jaillit du sol.
A quelques centaines de mètres, Garcia Lorca a logé l'action de Bodas de Sangre, Noces de Sang. En y pélerinant chaque année je pense au roman de Zola, Terre, et suis effaré de constater que brutalité, ignorance et sauvagerie sont ici les contrepoints de beauté, liberté et éternité.
Une vieille peau de 80 ans, vétue d'un boubou blanc et qui fait tintinnabuler les breloques qu'elle porte au cou, aux oreilles et aux poignets, sirote une bière en regardant au loin, comme en transes. Le sable fin balayé par le vent picote la peau et nos yeux semblent se déssécher au contact de l'air.
Nous retrouvons ici les sensations éprouvées dans La Vallée de la Mort au plus chaud de l'été, dont un ami m'avait dit que l'on y a l'impression d'avoir en permanence deux sèche-cheveux puissants braqués sur son visage.
Sur la plage de C. entre la cimenterie géante, la centrale thermique et une autre usine, aux côtés des quais de déchargement du charbon de la centrale, nous goûtons joyeusement les plaisirs de baignades dans une eau transparentissime. Les touristes dédaignent l'endroit, affolés sans doute par le caractère hyper-industriel qui nous réjouit tant. Ils ont tort.
C'est ici que nous nous délectons de poissons, viandes et pimientos a la plancha, servis avec abondance et diligence par un garçon sympathique et vif, sous un parasol géant qui nous protège du cagnard absolu.
On court en sautillant sur le sable chauffé à blanc pour se jeter à l'eau.
A quelques pas de là nous dormons là où Peter O'Toole, David Lean, Omar Shariff et Antony Quinn dormirent avant nous, lors du tournage de quelques unes des scènes les plus folles de Lawrence of Arabia.
Frissons.
C'est fini. Nous n'irons plus ailleurs.
C'est ici que tout s'achève et commence, à quelques encablures de notre désormais ancien chez nous.
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17/08/2005
Rocío
Mieux-aimée pense que nous devrions éditer un guide de l´Andalousie par ses piscines municipales. Nous en connaissons un grand nombre, que nous visitons régulièrement, et les jugeons sur une batterie de critères pondérés dont le cumul rend bonne et saine justice à chacun de ces établissements.
Au sommet de la hiérarchie, vainqueur sans conteste depuis maintenant 7 années, se trouve la piscine de Z.l.S. Le qualificatif de "municipale" n´est ici pas tout à fait approprié car ce remarquable bassin est administré par l´association des femmes de Z.l.S. Propreté gaie, paisibles zones ombragées, grande qualité de l´eau et surtout :
incroyable vue et ébouriffant restaurant de piscine qui propose un menu royal à 7 €, du genre qui se déguste en une heure et demi au bas mot, cuisiné et servi par les adhérentes de l´association. Seule entorse masculine, un maître nageur au coup de sifflet autoritaire et serein à la fois, une constante andalouse.
C´est sur ce "punctum" aquatique que nous venons chaque année clore notre séjour andalou.
Cette année encore 20/20, à tel point que nous nous demandons s´il ne faudrait pas exclure Z.l.S de notre classement. Pour laisser une chance aux autres.
C´est à R. que nous avons cette année vécu le plus glorieux moment piscinier. Un moment qui nous a rappelé celui que nous vécûmes il y a 15 ans déjà à Ouagadougou lors que nous assistions aux cours de natation dispensés à trois drôlissimes adolescentes par l´ex champion de natation du Burkina, un solide gaillard qui conseilla à l´une des apprenties d´utiliser "Tampax, car Tampax libère la femme", emportant de ce fait la palme du meilleur maître nageur du monde en permettant à cette jeune femme de nager tranquillement sans plus se soucier jamais de ce périodique embarras.
À R. donc, nous avons vu arriver une mère et ses quatre jeunes filles. 20 ans, 18 ans, 12 et 10 ans. Prénommées, Macarena, Rocío, Carmen et Candela.
Vous imaginez mon émotion de voir quatre images parfaites de l´Andalousie éternelle se présenter ainsi à nous.
La petite Carmen est une véritable acrobate contorsioniste.
Elle ne peut entrer ou sortir de l´eau qu´en effectuant des roues, des soleils ou des roulades; elle nous a même gratifié d´une sorte de marche à quatre pattes à l´envers dont je me suis dit que, peut-être, si je m´y entrainais, cela éloignerait définitivement mon mal de dos, si tant est que je me relève d´un tel exercice.
Candela joue gaiement sans penser à rien d´autre qu´à agacer sa soeur Carmen de mille manières.
Macarena est l´ainée. Elle surveille ses soeurs pendant que leur mère se repose au soleil après avoir trempoté pendant quelques minutes.
Toutes ont l´oeil rivé sur leur soeur Rocío, une beauté triste, longiligne et dégingandée, comme accablée.
Rocío relève à peine d´un gravissime trauma. Le regard infiniment triste et voilé elle nous regarde sans nous voir.
Sa mère la conduit à la douche du bord de piscine où elle la mouille doucement, en la caressant gentiment.
Je crois que Rocío est peut-être handicapée de quelque manière mais non, elle regagne leur place avec un port de reine.
Je remarque alors l´énorme tatouage que Rocío porte au creux de ses reins. Peut-être est-ce un faux, c´est la grande mode ici.
Quelques minutes plus tard Rocío revient accompagnée de ses trois soeurs.
Sa mère ne veut pas qu´elle se baigne, elle le fait pourtant.
¡Oye Rocío, que no te bañas!
Sa mère ne veut pas qu´elle nage, elle le fait.
¡Oye Macarena, que Rocío vuelva ahora mismo!
Lorsque sa mère lui demande, par l´intermédiaire de Carmen, de retourner s´étendre au soleil, Rocío plonge et entame une longueur de bassin pendant que Macarena dit à sa mère qu´elle arrive et enjoint à Carmen de la boucler.
Carmen obtempère et s´en va, en trois roues de paon, rejoindre Candela et sa mère.
Je passe ainsi de longues minutes à observer ce petit monde.
Rocío, Macarena, Carmen et Candela, nous penserons à vous longtemps.
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15/08/2005
De A à Z
Nous rendant de la petite ville de A. au village de Z., nous nous faisions la remarque qu´après toutes ces années à arpenter nos petits paradis, nous n´avons exploré qu´une petite partie de l´Andalousie. Nous avons décidé que cela n´a aucune importance.
Bref. À Z. je me tords méchamment un pied, le gauche, entend un crraaac sur le coté gauche de ce même pied et en suis réduit à claudiquer jusqu´à la piscine où m´attendent mes mieux-aimés. ¡Consternación!
Je passe l´après-midi à trottiner d´un pas de plus en plus lent et douloureux. Le soir venu, nous décidons de nous rendre à B. pour y quérir les onguents réparateurs que quelque rebouteux local ne manquera pas de me recommander. Ma pensée en la matière ne varie pas: c´est dans les régions où le travail manuel agrestre règne en maître que les bobos et blessures qui l´empêchent sont le mieux et le plus rapidement guéries.
Arrivé à B. je me traîne jusqu´au comptoir d´un pharmacien qui m´indique d´un geste impérieux l´hopital, de l´autre coté de la rue.
Je m´y rends.
À peine en approché-je qu´un bel andalou incompréhensible vétu de vert [nous sommes en Andalousie] se rue sur moi en poussant un fauteuil d´invalide vide, il m´est destiné!
Ainsi installé je fais mon entrée dans cet établissement financé par la junte [j´adore!] et suis quasi instantanément examiné par un médecin qui n´a qu´un mot: eguinze. Il ordonne à une infirmière de me bander le pied fermement de manière à maintenir icelui en position pliée sinon, m´affirme t´il, le pied pendra comme un gant de toilette lorsqu´il sera "guéri". Douleur assez vive. Quinze jours avec béquilles sans poser le pied par terre, pas de nage, aucun exercice, jambe en l´air la nuit venue [ce qui peut paraître plaisant de prime abord mais ne l´est pas] et forte dose d´anti-inflammatoires. Vaste programme!
Nous sortons, sans avoir rien à débourser [parce que j´ai voté OUI, sinon c´était au moins 1000 €] et faisons une rentrée triomphale dans la pharmacie où l´apothicaire se réjouit de me retrouver et me refile béquilles, muletas, et anti-inflammatoires.
Tel le vieux matador blessé mais vivant je sautille jusqu´au parc municipal de B. où nous nous attablons pour un repas-repos bien mérité.
Nous sommes dimanche soir, le parc est plein de mamies laquées et d´étourdissantes donzelles. Nous sirotons.
Deux jours plus tard, Ana et Carmen, les charcutières de A., alarmées par ma situation, qui leur a été rapportée par mieux-aimée, se rendent à mon chevet et m´enjoignent de me rendre le soir même chez José et sa soeur Rosa qui sauront me remettre sur pied, eux!
Je m´y suis rendu.
En suis ressorti claudiquant mais marchant et me suis baigné subito dans l´eau claire, et un tantinet frisquette, de la piscine de nos amis K.
Le lendemain, visite de remerciement à Ana et Carmen. Achat d´une morcilla de compétition et d´un bon gros morceau de relleno délicieux.
Retour chez José, qui m´a pris en mains, le soir venu. Là encore, stupéfaction, je ressors encore mieux. Pendant 10 jours les progrès quotidiens sont prodigieux. Et pourtant le sort s´acharne: mort de la grand-mère de José qui perturbe notre programme commun en empêchant trois séances, re-mini torsion du pied avec gonflement de belles et inquiétantes couleurs, fatigue de devoir emprunter les tortueuses et "roller coaster" ruelles de A.
D´autant que notre rue favorite s´est effondrée sous les assauts répétés de colossaux engins de chantier, nous contraignant à d´impossibles tours et détours.
José et Rosa sont des physiothérapeutes. N´ayant jamais eu de bobos de ce type je ne connaissais pas cette formidable corporation: je vous en recommande les membres.
Dès mon retour en la capitale franque je me fixe un programme complet de physiothérapie.
C´est dit!
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14/08/2005
RESOL

Mais quoi? Mais qu'est-ce?
Comment faire?
Entrer dans un bar, vers 14:30/15:00, commander un ou deux tubos, quelques media ración (je reviendrai sur ce point capital, la media ración, source de plaisir et d'économies réelles). Déguster tout cela posément. Vous vous dîtes « et le café? ».
Fous! Sycophantes! Malotrus!
C'est le moment de commander un Resol.
C'est ainsi que vous vous transformerez instantanément en astro-physiciens et géographes puisque vous serez capables de repérer en quel point précis de l'univers vous vous trouvez lorsque vous entendrez la réponse.
1/ Moue interrogative du patron et de ses assesseurs, regards fuyants de vos voisins: Payez et fuyez; vous vous trouvez dans un bar de pacotille, un Potemkine de la restauration andalouse.
Vous vous trouvez en fait en Allemagne, en Hollande peut-être, mais certainement pas en Andalousie.
2/ Il n'y en a pas.
Insistez. Y en a t' il d'habitude?
Si l'on vous répond non, optez pour la solution décrite en 1/.
Si l'on vous répond oui, manifestez votre étonnement.
La copita d'excuses vous sera servie assortie d'une dissertation sur, en vrac, les temps changent, il fait déjà froid, on se croirait en hiver (12 août, 36°à l'ombre), les jeunes quittent le village (alors que vous entendez les répétitions des fanfares pour la fête de ce soir et avez connu quelques débuts d'érection suscités par l'apparition continue d'enivrantes et ensorceleuses créatures), la mairie est aux mains d'abrutis (on se croirait à Paris), etc. etc.
Vous êtes en Andalousie mais c'est Twilight Zone.
Cette Andalousie est celle des franquistes ou des jean foutre, au choix.
À rayer de votre carte du Tendre aussi sec que le verre que l'on ne vous a pas servi.
3/ Il y en a.
D'autorité on vous en sert un verre (genre petit ballon) tiré d'une bouteille étiquetée.
Rien à dire.
À moins que vous vous sentiez suffisamment fort et un tantinet téméraire pour demander « et vous n'en avez pas du maison? ».
Petit a). La réponse est non et un voisin de comptoir, grisonnant, élégant, moustachu, le look franquiste cool, vous entreprend sur la vérité profonde de l'Andalousie.
Vous aurez peut-être même la chance, cela arriva à notre plus jeune mieux aimé, de voir révélée l'identité du personnage, lequel s'avère être un éleveur de toros (et non pas de taureaux ridicules) qui vous invite à vous rendre chez lui et organise une tienta (corrida privée) pour votre fils de 6 ans et demi qui pourra, s'il le souhaite, être initié à l'art de la tauromachie face à des « petits toros pour lui ». Et le franquiste, ma foi, drague une jeune femme de 30 ans sa cadette, est suprêmement élégant, libertaire et vote PSOE en jurant éternelle fidélité au roi, dont je rappelle, il le faut, que tout le monde disait qu'il était idiot alors qu'il a sauvé l'Espagne.
Petit b). La réponse est oui.
Mais alors, vous demandez vous (c'est le quart d'heure parano), pour quelle raison ne vous en a t' on point servi?
Je vous laisse réfléchir.
4/ Le patron se saisit d'une cafetière que vous n'aviez pas remarquée, vous sert un jet puissant de café archi-noir puis agrippe une bouteille d'anis del mono vert (attention à la couleur: vert, pas rouge, mais là je vous en dis trop vous allez savoir d'où j'écris) dont il verse quelques larmes de bonheur dans le café.
C'est le Resol.
Le seul.
Le vrai.
Vous savez désormais avec certitude où vous vous trouvez.
Comme moi.
Aucun humain, aucun alien même, ne pourra le contredire:
vous êtes au coeur palpitant de l'Andalousie.
Chez nous.
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