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23/08/2005

Tant d'années sans eux !?!

Celles et ceux d'entre vous qui me connaissent savent que j'affectionne Jean Nohain et Mireille, peut-être plus encore que Charles Trenet, et qu'ils m'ont tous deux porté à aimer Jean Sablon, Jacques Pills, Georges Tabet.
Vous savez aussi ma passion pour Nat King Cole, Frankie l'Arsène ou Farid El Atrache.

Et bien figurez vous que j'ai découvert cet été, dans une station service de notre beau et vrai paradis, en y grignotant un pan tomate de concours, un groupe que j'ignorais, un trio vocal fabuleux: Los Panchos.


medium_photo_l_539.jpg Je sais qu'à priori cela ressemble à un gag; on dirait un nom de clowns. Il n'en est rien et je tremble encore à la pensée que j'aurais pu mourir sans jamais avoir entendu les magnifiques chansons des Panchos qui ont rythmé notre été.

Los Panchos ont été l'un des plus gros succès de la musique sud-américaine de 1944 à 1981; leur âge d'Or s'égrenne de 1944 à 1951 et de 1956 à 1958, je vous laisse découvrir pourquoi.

Muni d'une seule et unique cassette audio de cette phalange, j'ai remercié mille fois en pensées le loueur de véhicules automobiles qui nous a gratifié d'une voiture sans lecteur de CDs mais avec un robuste cassettophone.

Sur cet exceptionnel engin, voici la playlist idéale qui nous a ensorcelé:

Una copa mas, un monument qui est aux Panchos ce que One For The Road fut à Frankie l'Arsène, Caminemos, Me Voy Pa'lPueblo, discret et involontaire hommage au gigantesque Guillermo Portabales, Sin Ti, Maldito Corazon, La Hiedra, Sin un Amor et No Me Quieras Tanto, véritable chef d'oeuvre à inscrire d'urgence au patrimoine mondial et à envoyer en signe de paix et gage de bonne foi à tous les aliens de l'Univers, dont j'extrais ces quelques envoûtantes paroles

yo se que te mueres
cual palido cirio
y se que me quieres
que soy tu delirio
y que en esta vida
he sido tu cruz

 

Mais Los Panchos ne se cantonnent pas à de superbes harmonies vocales.
Ni à jouer les choristes de luxe de Nat King Cole soi-même sur Ansiedad, non.
Si vous voulez entendre de véritables compositions et arrangements guitaristiques, Los Panchos vous raviront.
Cela tient aux qualités musicales d' Alfredo Gil, l'âme véritable du Trio, qui était un vrai sorcier du Requinto, comme Guillermo Portabales fut un magicien du Tres.


Par moments, en écoutant Los Panchos, on est dans la situation de celui qui écoute Camaron et Paco: on ne sait plus qui admirer, on voudrait pouvoir distinguer chacun, on entre en transes de ne pouvoir le faire et on ne peut cependant s'y résoudre tant les séparer serait un crime.
Vous l'avez compris, je tiens Alfredo Gil en grande estime.

Pour celle ou celui qui souhaite être englouti au plus vite par la suavité de Los Panchos il y a évidemment quelques pièges.

Le premier, comme souvent lorsque l'on s'intéresse à des groupes qui furent très populaires il y a cinquante ans, c'est le mauvais goût des producteurs et maisons de disques du temps qui s'ingénient à saccager autant qu'ils le peuvent les diamants bruts leur préférant toujours la pacotille et la bimbeloterie.
Les oeuvres de notre Trio sont donc difficilement accessibles [encore un prodige de The Industry]. Les quelques compilations qui nous sont proposées nous permettent cependant de jouer au chercheur d'or du Klondike hurlant et sautant de joie dans la rivière lors qu'il y découvre quelque pépite de poids.

Le deuxième c'est de résumer Los Panchos au qualificatif qui souvent les accompagne: The Mexican Kings of Bolero.

Rares en effet sont aujourd'hui celles et ceux qui savent ce qu'est un bolero: quelques fans de danse de salon, quelques amoureux transis de L'Acrobate [chef d'oeuvre de Jean-Daniel Pollet, inscrit à jamais au Panthéon de mes films favoris], quelques couples de patineurs peut-être... Bref des espèces bizarres, qui semblent nous menacer en permanence de se recouvrir de pulls angora bleu électrique rehaussé de strass, façon Anne Sinclair de bazar, et qui, comme telles, nous inquiètent voire nous insupportent et motivent ainsi notre quasi mépris à leur égard et notre aveuglement subséquent. Et pourtant.
Le Boléro, comme la rumba, est une forme délicate et très sophistiquée du frôlement amoureux dansé, codifié par des générations de machos éconduits. Il s'agit donc autant d'un genre musical et de danse que d'un témoignage du temps. Pour paraphraser François Truffaut, AKA Docteur Lacombe,
"It is a sociological event".

Chucho Navarro, Alfredo Gil y Hernando Aviles Negron sont désormais, j'y compte, vos amis.

Ils rejoignent ainsi, je l'espère, Ernesto Lecuona et Guillermo Portabales dans vos coeurs.

Pour vous y encourager, un cadeau.
Vous savez que les Amériques sont un continent et leur musique, une galaxie.
Je vous recommande de la parcourir tel le Hitch Hiker parfait, muni d'un guide rare et précieux, non pas le H2G2 mais ceci, qui demande effort et méticulosité mais pour de nombreuses gratifications: Cristobal Diaz Ayala.
Je n'en dis pas plus mais je sais que l' on dira que je ne suis pas généreux.
Un comble!

Muzikafon !!

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