« Rocío | Page d'accueil | Tant d'années sans eux !?! »
22/08/2005
S'enivrer de désert
Depuis quelques années nous fréquentons les extraordinaires paysages de C.
Nous y louons la minuscule et sympathique maison de Chus.
Chus est réalisatrice de films. Elle est originaire de C.
Au pied d'un volcan éteint depuis des millénaires, nous nous installons pour contempler les terres brûlées par le soleil, des terres sur lesquelles ne poussent que figuiers de barbarie, aloès et palmiers nains.
Deux gouttes d'eau et c'est cependant le miracle: une végétation luxuriante et fragile jaillit du sol.
A quelques centaines de mètres, Garcia Lorca a logé l'action de Bodas de Sangre, Noces de Sang. En y pélerinant chaque année je pense au roman de Zola, Terre, et suis effaré de constater que brutalité, ignorance et sauvagerie sont ici les contrepoints de beauté, liberté et éternité.
Une vieille peau de 80 ans, vétue d'un boubou blanc et qui fait tintinnabuler les breloques qu'elle porte au cou, aux oreilles et aux poignets, sirote une bière en regardant au loin, comme en transes. Le sable fin balayé par le vent picote la peau et nos yeux semblent se déssécher au contact de l'air.
Nous retrouvons ici les sensations éprouvées dans La Vallée de la Mort au plus chaud de l'été, dont un ami m'avait dit que l'on y a l'impression d'avoir en permanence deux sèche-cheveux puissants braqués sur son visage.
Sur la plage de C. entre la cimenterie géante, la centrale thermique et une autre usine, aux côtés des quais de déchargement du charbon de la centrale, nous goûtons joyeusement les plaisirs de baignades dans une eau transparentissime. Les touristes dédaignent l'endroit, affolés sans doute par le caractère hyper-industriel qui nous réjouit tant. Ils ont tort.
C'est ici que nous nous délectons de poissons, viandes et pimientos a la plancha, servis avec abondance et diligence par un garçon sympathique et vif, sous un parasol géant qui nous protège du cagnard absolu.
On court en sautillant sur le sable chauffé à blanc pour se jeter à l'eau.
A quelques pas de là nous dormons là où Peter O'Toole, David Lean, Omar Shariff et Antony Quinn dormirent avant nous, lors du tournage de quelques unes des scènes les plus folles de Lawrence of Arabia.
Frissons.
C'est fini. Nous n'irons plus ailleurs.
C'est ici que tout s'achève et commence, à quelques encablures de notre désormais ancien chez nous.
00:00 Publié dans Andalucia | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










Les commentaires sont fermés.