17/08/2005

Rocío

Mieux-aimée pense que nous devrions éditer un guide de l´Andalousie par ses piscines municipales. Nous en connaissons un grand nombre, que nous visitons régulièrement, et les jugeons sur une batterie de critères pondérés dont le cumul rend bonne et saine justice à chacun de ces établissements.

Au sommet de la hiérarchie, vainqueur sans conteste depuis maintenant 7 années, se trouve la piscine de Z.l.S. Le qualificatif de "municipale" n´est ici pas tout à fait approprié car ce remarquable bassin est administré par l´association des femmes de Z.l.S. Propreté gaie, paisibles zones ombragées, grande qualité de l´eau et surtout :

incroyable vue et ébouriffant restaurant de piscine qui propose un menu royal à 7 €, du genre qui se déguste en une heure et demi au bas mot, cuisiné et servi par les adhérentes de l´association. Seule entorse masculine, un maître nageur au coup de sifflet autoritaire et serein à la fois, une constante andalouse.

C´est sur ce "punctum" aquatique que nous venons chaque année clore notre séjour andalou.

Cette année encore 20/20, à tel point que nous nous demandons s´il ne faudrait pas exclure Z.l.S de notre classement. Pour laisser une chance aux autres.

C´est à R. que nous avons cette année vécu le plus glorieux moment piscinier. Un moment qui nous a rappelé celui que nous vécûmes il y a 15 ans déjà à Ouagadougou lors que nous assistions aux cours de natation dispensés à trois drôlissimes adolescentes par l´ex champion de natation du Burkina, un solide gaillard qui conseilla à l´une des apprenties d´utiliser "Tampax, car Tampax libère la femme", emportant de ce fait la palme du meilleur maître nageur du monde en permettant à cette jeune femme de nager tranquillement sans plus se soucier jamais de ce périodique embarras.

À R. donc, nous avons vu arriver une mère et ses quatre jeunes filles. 20 ans, 18 ans, 12 et 10 ans. Prénommées, Macarena, Rocío, Carmen et Candela.

Vous imaginez mon émotion de voir quatre images parfaites de l´Andalousie éternelle se présenter ainsi à nous.

La petite Carmen est une véritable acrobate contorsioniste.

Elle ne peut entrer ou sortir de l´eau qu´en effectuant des roues, des soleils ou des roulades; elle nous a même gratifié d´une sorte de marche à quatre pattes à l´envers dont je me suis dit que, peut-être, si je m´y entrainais, cela éloignerait définitivement mon mal de dos, si tant est que je me relève d´un tel exercice.

Candela joue gaiement sans penser à rien d´autre qu´à agacer sa soeur Carmen de mille manières.

Macarena est l´ainée. Elle surveille ses soeurs pendant que leur mère se repose au soleil après avoir trempoté pendant quelques minutes.

Toutes ont l´oeil rivé sur leur soeur Rocío, une beauté triste, longiligne et dégingandée, comme accablée.

Rocío relève à peine d´un gravissime trauma. Le regard infiniment triste et voilé elle nous regarde sans nous voir.

Sa mère la conduit à la douche du bord de piscine où elle la mouille doucement, en la caressant gentiment.

Je crois que Rocío est peut-être handicapée de quelque manière mais non, elle regagne leur place avec un port de reine.

Je remarque alors l´énorme tatouage que Rocío porte au creux de ses reins. Peut-être est-ce un faux, c´est la grande mode ici.

Quelques minutes plus tard Rocío revient accompagnée de ses trois soeurs.

Sa mère ne veut pas qu´elle se baigne, elle le fait pourtant.

¡Oye Rocío, que no te bañas!

Sa mère ne veut pas qu´elle nage, elle le fait.

¡Oye Macarena, que Rocío vuelva ahora mismo!

Lorsque sa mère lui demande, par l´intermédiaire de Carmen, de retourner s´étendre au soleil, Rocío plonge et entame une longueur de bassin pendant que Macarena dit à sa mère qu´elle arrive et enjoint à Carmen de la boucler.

Carmen obtempère et s´en va, en trois roues de paon, rejoindre Candela et sa mère.

Je passe ainsi de longues minutes à observer ce petit monde.

Rocío, Macarena, Carmen et Candela, nous penserons à vous longtemps.

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