20/07/2005
Charlie l'amerloque
Ce qu'il y a de bien avec Tim Burton c'est qu'il réussit à infiltrer d'insidieuses pensées politiquement incorrectes dans ses films. Comme souvent, dans le cas de créateurs de sa trempe, les films de commande auxquels il s'adonne sont pour lui l'occasion de se déchainer.
Ainsi en va t'il de Charlie et la chocolaterie.
Qu'y voit-on ?
Un enfant obèse, fils de charcutiers teutons, qu'on affuble d'un accent à la Schwarzeneger. Dans une Amérique où le bruit que l'on entend le plus est celui de la succion : les slurps des buveurs de soda et autres milkshakes ou boissons énergisantes et vitaminées, et bien sûr, leur corollaire californien, la liposuccion.
Augustus Gloob l'obèse est à l'image de plus du tiers des enfants auquel ce film est destiné. Il se goinfre en toutes circonstances, y compris à l'intérieur de la salle de cinéma. Il n'a pas vu Supersize Me! Il verra peut-être Charlie; espérons que cela lui fera du bien.
Violet Beauregarde, hystérique macheuse de chewing-gum,
fille de majorette, élevée pour gagner [rappelez vous il y a quelques mois l'assassinat de la petite gagnante de concours de beauté d'enfants par ses parents "si américains" ] dans un univers de coloris électriques terriblement gnangnans et des tenues velours d'éponge.
L'informe uniforme de la mise en forme dans lequel se glissent des millions d'américaines si souriantes et creuses pour prier Jésus, rouler jusqu'au supermarché, organiser des b.b.q dans leur jardinet, et regarder sans comprendre, sans d'autre expression dans le regard que la surprise façon : "chériii!! J'ai joui!".
Mike Teavee, l'accro aux jeux vidéo violents que son père renonce à comprendre. A-t'il déjà essayé ? On ne peut y croire une seule seconde.
Son fils Mike est visiblement entrain de canarder le père via son arsenal électronique. Il résiste ainsi au passage à l'acte. Le virtuel sauve le réel. Son père semble plus border line avec sa tête de tueur en série. Ne vous rappelle-t'il pas le tueur à moitié borgne que Clint 'Dirty Harry' Eastwood va nous éliminer ?
Veruca Salt, la fille garce de milliardaires exploiteurs [bonjour l'A.B.S!] des ouvriers de leur usine, contraints de dépouiller des milliers de tablettes de chocolat pour y trouver le ticket d'or. Grand moment de jouissive vengeance façon lumpen proletariat lorsque les si mignons et si "écureuils" ouvriers l'enlèvent, l'écartèlent et la jettent aux ordures.
Et puis, Charlie, si mignon, si gentil, dont le grand père et le père ont été virés de leur boulot, l'un sur une lubie de son patron [Willy Wonka] qui a remplacé ses ouvriers par des Ooplas genre munchkins, l'autre parce qu'un splendide robot rouge le remplace efficacement. Charlie qui vit pauvrement avec ses deux parents et ses quatre grand parents, unique enfant adulé, qui pousse à la soupe au chou sous le regard perpétuellement mouillé de sa mère et "à la Begnini" de son père.
La grande force de Tim Burton est de nous présenter tout ceci de manière archiglacée, sans en faire un fromage, sans rien discuter, juste montrer.
Montrer, donner à voir, c'est son métier, c'est ce qu'il fait.
J'adore les cinéastes clairement [si j'ose dire] perturbés et qui injectent dans leurs oeuvres leurs maniaques obsessions : Hitchcock, Bunuel, Almodovar, Lang, et Tim Burton. En bonne compagnie.
11:25 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










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