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16/06/2005
C'est vous... M'sieu Bellini ?
Chef d'oeuvre.
Il n'y en a, sans doute possible, aucune recette.
Le seul point commun entre les oeuvres qui sont reconnues comme chef d'oeuvre, c'est qu'elles sont l'expression et la démonstration la plus aboutie, maîtrisée, du savoir-faire d'un homme.
Dans le domaine du cinéma, je pense que les chefs d'oeuvre sont aussi les oeuvres les plus personnelles de leurs auteurs. C'est en cela, sans doute, qu'ils se distinguent des chefs d'oeuvre des compagnons du Tour.
Je viens de revoir un chef d'oeuvre : I Clown de Federico Fellini.
Images, images.
L'enfant qui éclate en sanglots, terrorisé par les clowns.
Un clown retraité qui revient mourir au cirque pendant le numéro de Foutit et Chocolat.
La définition de l'oeuf:
l'enfant prématuré du poulet.
Ludo le nain clown.
Le défilé des mannequins clowns blancs, à l'image du défilé des écclésiastiques et nonnes de Roma.
La présence de Fellini lui-même, et non pas de sa doublure, le divin Marcello.
Les discussions d'historiens avec Tristan Rémy.
La rencontre avec Samporian Bouglione [le maître des éléphants] bien désagréable, comme à son habitude.
Le numéro de Baptiste, le clown Baptiste, psychiatre, avec un numéro politique «Qui a bu le lait de l'Assistance Publique?»
Le cirque d'Amiens, un Médrano, qui fut inauguré par Jules Verne avec son ancien directeur.
Pierre Etaix et Annie Fratellini baladant Fellini en mini-moke.
Etaix dit à Fellini : "J'ai peur que tu dises que les clowns ont disparu".
Chez Pierre et Annie les photos de Buster Keaton.
On est avant le travail de conviction entamé par Sylvia Montfort auprès des pouvoirs publics français pour soutenir le cirque, le spectacle vivant.
Une séance de spiritisme, un film qui brûle à la projection.
Albert Fratellini qui, ayant oublié sa perruque de bois, se retrouva avec la hache de l'Auguste réellement plantée dans son crâne.
Les spectacles de cirque devant les aliénés, les orphelins, les blessés de guerre, les prisonniers
Père Loriot.
C'est lui qui jouait le Professeur Tournesol dans La Toison d'Or.
Bario, le clochard, de Bario et Bario, dont l'un des numéros est reconstitué par Fellini dans son cirque rêvé.
"C'est vous M'sieu Bellini ?" interroge une aimable documentaliste de l'ORTF
Puis le numéro de la mort du clown, la veillée qui dégénère, la veuve à qui le noir va si bien, le corps exposé, le testament d'une quinzaine de mètres de long, le partage des accessoires du clown entre tous ses anciens comparses, l'impossibilité de conserver des traces, des impressions de mémoire, l'impossibilité de re-créer la vie.
Subterfuges et simagrées.
Au travers de "I Clowns", Fellini nous dit l'imposture du cinéma,
ce qui le rapproche du cirque et des numéros de clown en particulier.
L'impossibilité de rendre compte de sa réalité est magistralement exprimée lorsque Fellini, entamant une réponse à un journaliste reçoit un seau sur la tête, couvre-chef qui le rend aveugle et muet, ainsi que le journaliste, immédiatement après. On ne peut donc rien savoir, rien dire, rien transmettre.
Malgré les images, les souvenirs, rien ne peut rendre compte de ce qui a été.
Le cirque, c'est l'instant; comme le cinéma.
Le cortège funèbre du clown s'ébranle tiré par des bourrins qui se révoltent en scandant des revendications syndicales mais qui, finalement, acceptent de procéder au simulacre d'un spectacle qui est la représentation de leur propre fin, la fin des clowns, la mort du cirque.

Heureusement pour nous, cette mort n'est qu'un pied de nez de plus.
Sylvia Montfort, les Gruss, Annie Fratellini, Zingaro, et les Nouveaux Nez ou Johann Le Guillerm et tant d'autres ont rénové le genre en le réhabilitant, en lui insufflant une nouvelle dynamique.
Le cirque est mort, vive le cirque!
Et le cinéma ? Vivant !!
Jusqu'à la mort !
00:00 Publié dans Film, spectacles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










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