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12/05/2005
N'y allez pas!!
Alerte rouge! Defcon 4!
Il se joue, ou plutôt: il se commet, en ce moment à Paris, au théatre de l'Europe (l'Odéon) en ses 'Ateliers Berthier', une chose, qu'on voudrait qualifier d'objet théatral voire de pièce mais qu'on ne veut pas qualifier ainsi, nommée Paysage après la pluie qu'il ne faut pas aller voir.
C'est dit.
Comme souvent, comme le proclament les sages orientaux et occidentaux dans un bel élan: à toute chose, malheur est bon. En vitupérant cette notule critique j'ai découvert quelques sites internet dont la connaissance pourrait un jour s'avérer utile à l'un ou l'autre d'entre nous. Par exemple, théatre et traduction, pointu certes mais intéressant.
Revenons à notre propos.
Or donc hier soir à 20:00 j'entrai, avec d'autres spectateurs, dans la petite salle des Ateliers Berthier, là où s'est réfugié le Théatre de l'Odéon pendant qu'on le désamiante.
Dans la pénombre de la scène on distingue les comédiens, assis comme dans une chapelle ou une salle de classe; ils sont immobiles et semblent des statues de lecteurs. Puis, l'oeil s'habituant, et cela avant que ne commence le spectacle, on distingue aussi, au fond de scène, des établis de bois. 
Cela m'a tout de suite rendu la chose sympathique car m'est revenue en mémoire une chose que j'avais complètement oubliée, les séances de 'travaux pratiques' que nous avions au collège en 1965.
Enfin la lumière se fait sur le petit groupe, des jeunes gens, en bleu de travail, cravatés et envestonnés. Parmi eux, un adulte en chemise blanche.
Tour à tour ils prennent la parole et lisent, sur un ton sans emphase, des bribes de texte.
Au long (trop long) de cette chose, des morceaux choisis de texte nous seront ainsi récités par eux ou au moyen d'un dispositif sonore.
Ils vont se regrouper parfois au centre de la scène et nous offrent des chorégraphies à base de gestes de travailleurs du bois, que j'ai appréciées (dues à Jean-Claude Gallota).
Ces jeunes gens sont, en effet, élèves d'un lycée professionnel et ils y apprennent cela, le travail du bois.
C'est parce que nous étions tous (je parle des spectateurs) émus de leur fraicheur, de leur courage de se produire en public (d'autant que le metteur en scène les fait se vêtir de robes à la fin) et de leur sincérité que nous n'avons pas hurlé notre colère face à cette accablante nullité.
J'ai pensé tout du long que, peut-être, leurs parents étaient parmi nous; que leurs camarades restés là-bas leur demanderaient comment tout ça s'est passé à Paris. J'ai pensé à mes dix-sept ans et à cette effroyable gêne que l'on ressent parfois à cet âge là.
Et c'est pour ça que je n'ai rien dit, pour ça que j'ai sagement applaudi à la fin du machin.
Pas longtemps, pour la forme, mais les formes ont parfois du bon.
En somme, nous autres spectateurs avons respecté ces jeunes gens. Je pense que le metteur en scène les a manipulé, tentant de nous manipuler par la même. Il n'a pas respecté ces jeunes gens, leur vie, leur quotidien, leur réalité.
Qu'on me lise bien, je considère que toutes les disciplines de l'art sont ouvertes à tous, qu'elles doivent être libres d'accès et que les institutions doivent favoriser cet accès. L'expression théatrale en fait partie, indéniablement.
Mais ce à quoi nous avons assisté m'a mis très mal à l'aise; pas seulement parce que c'était ennuyeux et pédant mais parce qu'il s'en dégageait comme une arrogance et un mépris à l'endroit de ceux qui en étaient les acteurs ou les spectateurs.
Et, bien sûr, tout le monde a pensé aux 'Choristes' le film à succès qui réunissait des jeunes gens réputés difficiles (leurs personnages) lors que nous avions, ce 11 mai, des jeunes gens réputés difficiles (lycée professionnel) devant nous sur scène.
Je ne sais lequel choisir, 'les Choristes' ou 'Paysage après la pluie'.
Si, je sais, je choisis 'La cage aux rossignols', avec Noël Noël, et 'Pays de Neige', de Kawabata.
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